Aux États-Unis, les incidents déclarés reculent de 12,4 %. Au Royaume-Uni, les enseignes recensent 5,5 millions de vols détectés. Lus côte à côte, ces chiffres semblent se contredire. En réalité, ils ne mesurent pas la même chose. Un nombre d'incidents n'est pas un montant, et une enquête auprès des enseignes ne compte pas ce que la police enregistre. Cette page rassemble les données publiques les plus récentes, pays par pays, en précisant chaque fois qui mesure, ce qui est mesuré, sur quel périmètre et pour quelle année. Elle est mise à jour à chaque nouvelle édition des études (dernière mise à jour : octobre 2026).


États-Unis : moins d'incidents déclarés en 2025

La National Retail Federation et le Loss Prevention Research Council publient chaque année The Impact of Theft & Violence. L'édition 2026 est parue le 30 juillet. Elle s'appuie sur une enquête en ligne conduite de février à avril 2026 auprès des responsables prévention des pertes de 66 entreprises, qui représentent 143 enseignes. Ce sont donc des réponses d'enseignes, exprimées en évolution, et pas un total national. Le communiqué de la NRF sur l'étude 2026 en résume les résultats :

  • incidents de vol à l'étalage : moins 12,4 % en 2025 par rapport à 2024 ;
  • vol de marchandises : moins 8,1 % sur la même période ;
  • 63 % des enseignes disent signaler aux forces de l'ordre moins de la moitié de ces incidents ;
  • 40 % constatent une hausse des incidents liés au crime organisé.

Ce recul arrive après une année de forte hausse. L'édition précédente (octobre 2025, 70 entreprises et 168 enseignes) relevait une progression de 18 % du nombre moyen d'incidents en 2024 par rapport à 2023. Comme le panel change d'une édition à l'autre, on y lit une tendance. Pas une série strictement continue.

Royaume-Uni : 5,5 millions d'incidents détectés

Le British Retail Consortium interroge ses enseignes membres pour son Crime Survey. L'édition 2026, publiée le 24 février, couvre la dernière année de l'enquête, 2024-2025. D'après le communiqué du BRC sur son enquête 2026, les enseignes ont recensé 5,5 millions d'incidents de vol à l'étalage détectés, pour un coût de près de 400 millions de livres, un montant que le BRC juge lui-même probablement inférieur au coût réel. Le vol de colis en livraison, qui fait son entrée dans l'enquête, dépasse à lui seul 100 millions de livres. Côté personnel, les violences et agressions verbales reculent à environ 1 600 par jour, contre 2 000 en 2023-2024. Tout se joue sur le mot détectés : le chiffre compte ce que les magasins ont vu, pas l'ensemble des vols commis.

Allemagne : plus de 3 milliards d'euros de vol par les clients

L'EHI Retail Institute publie chaque année son étude Inventurdifferenzen (écarts d'inventaire). L'édition 2026, parue le 23 juin, porte sur l'année 2025. Elle repose sur 103 entreprises ou canaux de vente, soit 21 225 magasins, et ses résultats sont ensuite extrapolés à l'ensemble du commerce de détail allemand. Le communiqué de l'EHI sur les écarts d'inventaire 2025 chiffre la démarque totale à 5,11 milliards d'euros (plus 3,2 %), ainsi répartie :

  • vol par les clients : 3,05 milliards d'euros ;
  • vol interne par les salariés : 910 millions d'euros ;
  • fournisseurs et prestataires : 370 millions d'euros ;
  • erreurs d'organisation : 780 millions d'euros.

Le chiffre le plus parlant de l'étude est ailleurs. L'EHI estime à environ 24,8 millions le nombre de vols à l'étalage passés inaperçus, pour une valeur moyenne de 123 euros : plus de 98 % des cas ne seraient ni repérés ni signalés. Le vol organisé, le plus souvent en bande, représenterait environ un tiers du vol à l'étalage, soit environ un milliard d'euros. En face, les dépenses de prévention atteignent 1,7 milliard d'euros.


Europe et France : peu de séries publiques récentes

À l'échelle européenne, nous n'avons pas trouvé de chiffre récent, public et actualisé chaque année. Le groupe ECR Retail Loss, qui réunit distributeurs et industriels, commande et diffuse des recherches indépendantes, menées avec des universitaires, sur la démarque, la disponibilité en rayon et le gaspillage alimentaire. Elles éclairent les méthodes plus qu'elles ne fournissent un total européen.

En France, le bilan annuel du ministère de l'Intérieur sur l'insécurité et la délinquance n'isole pas le vol à l'étalage, compté parmi les vols simples, et les faits enregistrés ne recensent de toute façon que les affaires portées à la connaissance de la police et de la gendarmerie. L'éclairage le plus récent vient d'un sondage en ligne du collectif de commerçants Ras le vol : 1 350 commerçants et artisans ont répondu entre janvier et mars 2025, sur 5 212 sollicités, ce qui n'en fait pas un échantillon représentatif. 82 % disent avoir subi des vols en 2024, et ils déclarent une hausse de 15,5 % par rapport à 2023. Un peu plus de la moitié seulement des victimes (52 %) a engagé des démarches auprès des autorités. Le collectif rappelle aussi le chiffre du ministère de l'Intérieur pour 2022 : une hausse de 14,77 % des vols à l'étalage, soit près de 42 000 délits enregistrés. Les deux sources ne se recoupent pas. L'une compte des procédures, l'autre ce que les commerçants disent vivre.

Pourquoi ces chiffres ne se comparent pas entre pays

Rapprocher les 5,5 millions d'incidents britanniques des 24,8 millions de vols non repérés en Allemagne n'a aucun sens. Les méthodes divergent sur cinq points :

  1. L'unité : évolution d'un nombre d'incidents (NRF), nombre absolu (BRC), montant en euros extrapolé (EHI), part de commerçants touchés (France).
  2. La source : panel d'enseignes déclarantes, extrapolation statistique, faits enregistrés ou sondage.
  3. Le périmètre : grandes enseignes aux États-Unis et au Royaume-Uni, commerce de détail dans son ensemble en Allemagne, petits commerces et artisans en France.
  4. La période : année civile 2025 pour la NRF et l'EHI, exercice 2024-2025 pour le BRC, année 2024 pour l'enquête française.
  5. La définition : un vol détecté, estimé ou déclaré ne recouvre pas la même réalité.

Un chiffre se compare d'abord à lui-même, d'une édition à l'autre de la même étude.


Lire ces chiffres pour son propre magasin

Une étude nationale donne une tendance et un ordre de grandeur. Elle ne dit rien de ce qui se passe au rayon hygiène-beauté de votre magasin un samedi après-midi. Pour s'en servir sans se tromper :

  • Partir de sa propre démarque inconnue, inventaire après inventaire, en isolant les pertes connues (casse, péremption) de l'inexpliqué. Notre guide pour comprendre et calculer la démarque inconnue détaille la méthode, et notre calculateur de démarque inconnue la convertit en montant annuel.
  • Comparer des tendances, pas des niveaux. Si le marché recule alors que vos écarts augmentent, la cause est sans doute locale : implantation, effectifs, horaires.
  • Garder en tête la sous-déclaration. Quand l'EHI estime que plus de 98 % des cas échappent aux magasins, les incidents que vous connaissez ne sont que la partie visible.
  • Suivre quelques indicateurs clés de la démarque à intervalle régulier et les recouper avec la liste des produits les plus volés en magasin.

La donnée la plus utile reste locale : dans quelles zones et à quels créneaux les pertes se concentrent. Savoir que les écarts se jouent en fin de journée sur un rayon précis sert davantage qu'une moyenne nationale. C'est ce que restituent les outils d'analyse vidéo. Chez Oxania, par exemple, plus de 10 000 gestes à risque sont analysés chaque jour, et les tableaux de bord par zone et par créneau montrent où et quand le risque se concentre. La technologie détecte, l'équipe décide de la suite. Croisée avec les inventaires, cette lecture permet de situer son magasin par rapport aux tendances nationales sans confondre les deux.